Nouvelle : Enquête de vérité

Publié le par lescréationsdemanon.over-blog.fr

La nuit est douce et les rires raisonnent autour de nous. L'été indien se prolonge en ce début octobre et les gens en profitent pour sortir et s'amuser. Il y a beaucoup plus de monde que prévu ce soir, il va falloir être prudent. Les musiques entêtantes cohabitent avec les odeurs de beignets, et des cris s'échappent des géants d'acier catapultant leurs occupants à quarante mètres du sol. Feignant l'indifférence, je me faufile au milieu des stands. En civil, le gilet par balle sous mon pull et mon arme cachée sous ma veste, je guette le moindre mouvement. C'est ce soir que tout va se jouer, nous n'avons pas le droit à l'erreur. Après des mois d'investigation, nous sommes enfin parvenus à notre but, et même si le coup est risqué, nous sommes prêts. Je repense à toutes ces femmes que l'on a vu défiler, si jeunes et déjà usées par une vie qui ne leur appartient plus. C'est pour ces gamines que nous sommes là. Voici plus d'un an que nous sommes sur ce réseau de proxénètes. Pas mal sont déjà tombés, mais ce soir, c'est le cerveau qu'on vient pêcher. Il n'a peur de rien. Malgré la pression qui pèse sur lui, il continue à étendre son territoire. Le pire dans tout ça c'est qu'après tous ces efforts, nous ne sommes même pas parvenus à obtenir une image de lui. Il est fort. Très fort. Mais nous sommes plus coriaces, plus nombreux et c'en est fini de son règne malsain. La soirée commence à peine alors il faut rester concentrés.

 

«  Entrée sud. Ça bouge par ici. »

 

Discrètement, j'observe l'endroit indiqué. Un groupe de molosses fait son apparition. Ils ont l'air louche, mais il s'agit plus d'une bande de potes bien allumés en quête d'adrénaline, que de grands criminels.

 

-  Stéphane, garde un œil sur eux au cas où.

 

J'ai toujours voulu faire ce métier, entrer dans la police et prouver à tous qu'une femme pouvait très bien se débrouiller. Et me voilà Capitaine. Capitaine Aline MERCIER s'il vous plait. J'en suis sacrément fière ! Il faut dire que j'y ai consacré ma vie. J’ai 34 ans, pas de mari, ni d'enfants, peu d'amis, plus de parents... Enfin si, j'ai toujours des parents, ils sont bien vivants, mais les seules choses qui nous lient sont notre nom et notre sang. Cela doit faire près de 10 ans que je ne les ai pas vus. Nos rapports ont toujours été très conflictuels. Deux caractères forts sous le même toit ça fait des étincelles. Mon père à toujours voulu jouer les patriarches autoritaires, baignant dans des magouilles, il était loin d'être un papa parfait. Ma mère quand à elle a toujours joué les soumises, elle était transparente, ce qui a fini par m'exaspérer. Finalement je vis très bien sans eux.

 

-  Aline ! Les caméras de surveillance du boulevard Rostand nous montrent une grosse berline foncée qui arrive en votre direction. Elle s’arrête à tous les arrêts de bus, où son positionnées les filles. Il se pourrait que ce soit notre homme et qu'il fasse un petit tour du propriétaire avant de rentrer à la base.

-  Ok !On se tient prêt les gars. Mais rien ne nous prouve que ce soit lui, alors on reste attentif.

 

Il y a deux semaines, nous avons attrapé Mali, l'ancien numéro deux. Il a quitté la bande depuis plusieurs mois, suite à de gros désaccords avec le boss, et fait son business dans le trafic de cigarettes maintenant. On l'a cuisiné plusieurs jours, contournant un peu le règlement je l'avoue, mais il a fini par craquer. On lui à promis un accord pour sauver sa peau face au juge s'il nous aidait. Il nous a donc donné le nom de son ancien patron dans le milieu, Papa Gino et nous à indiqué où se trouvait son QG. Nous n'aurions jamais pensé à aller le chercher dans une fête foraine ! C'est dans un vieux stand qu'il s'est installé, au milieu des jeux et des attractions. D'après ce qu'il nous a dit, c'est un type qui a toujours collectionné les mauvais plans. Gagner sa vie honnêtement n'a jamais fait partie de ses priorités. Il aurait commencé par de petits délits, avant d'exploiter des jeunes filles. Il est arrivé dans le coin et a développé en 4 ans le plus gros réseau de prostitution de la région nantaise. Mais c'est ce soir que le roi devra tirer sa révérence.

Nous avons donc élaboré le plan suivant : mes hommes et moi même sommes mêlés à la foule et deux fourgons banalisés remplis d'hommes sont postés à une rue de là. Une équipe de surveillance à aussi été mise en place pour nous informer des vas et viens suspects à proximité du lieu. Mali à repris contact avec Papa Gino après nos entretiens. Il joue les infiltrés pour nous, simulant sa volonté de refaire partie de l'affaire et doit l'attirer ici ce soir. Une fois arrivé sur les lieux, il nous sera facile de le reconnaître. La partie la plus délicate sera d'agir en une frappe chirurgicale sans semer la panique ni blesser qui que ce soit. La pression monte, entre impatience et appréhension. Ça serait une belle récompense pour mon équipe de réussir cette mission.

 

-  La berline approche. Elle vient de passer devant le fourgon n°1. Elle sera vers vous dans moins d'une minute.

 

La tension est palpable. Sera-t-il là ? Sera-t-il seul ? Va-t-il encore nous glisser entre les doigts ? Pas le temps de douter. La fête foraine étant en bordure d'une avenue, il est dur de quadriller tous les accès. La foule m'aide à rester discrète et à la fois m'inquiète. Les gens affluent et ne cessent de se multiplier. Soudain, j’aperçois au loin une Mercedes Classe S noire arriver vers nous. Elle roule au pas, comme pour anticiper le danger et déguerpir à la moindre menace. Je recule et me fonds dans le flot de passants. La voiture passe à mon niveau et poursuit sa route. Je remonte en leur direction. Mais pourquoi ne s'arrêtent-t-ils pas ? Est-ce bien eux ? Les vitres teintées et la faible luminosité empêchent tout regard de filtrer. Je les perds de vue.

 

-  Quelqu'un les voit ?

-  Oui. Ils se dirigent au nord.

-  Daniel, Steph, vous restez à l'entrée sud au cas où il fasse demi tour. Les autres on se rejoint là haut. Allez les gars on le tient ! Pas de précipitation, on reste discret jusqu'à mon signal !

 

Je me faufile aussi vite que possible entre les corps qui m'entourent. Je ne dois pas les

bousculer pour éviter tout débordement. Je trépigne à l'intérieur et j'enrage de la lenteur des gens.

 

-  Capitaine, la voiture s'est arrêtée.

-  Ne bougez pas, mais soyez prêt à intervenir. J'arrive.

 

Au moment de mon arrivée sur le lieu dit, je cherche mon équipe. Ils sont dispersés, l'air innocents mais aux aguets, observant du coin de l’œil le bolide qui ne semble pas vouloir réagir. C'est alors que la porte arrière s'ouvre. Mali sort. Il m’aperçoit et me fait un petit signe de tète d'approbation. Je sens mon cœur s'emballer, prêt à exploser devant cette scène et ce visage qui apprête à être enfin mis à nu. Mali se décale. Un autre pied sort de la voiture et se pose délicatement sur le bitume. On y est ! Une silhouette apparaît. Il est grand, les épaules larges. Il porte un costume sombre, et un chapeau à la manière des bandits des années 30. J'observe attentivement cet homme qui n'est plus tout jeune quand enfin j'arrive à son visage. Nos regards se croisent...

-  Papa !

Publié dans Ecriture

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